Bonus Episode: Beethoven 5 en français!
May 15, 202642 min · 3,611 words
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Bienvenue dans cette édition spéciale du podcast Sticky Notes en français! Aujourd'hui, nous parlons de la symphonie la plus célèbre du monde, et de la symphonie que nous allons interpréter à Lille les 21, 22 et 23 mai, la 5e symphonie de Beethoven. Et veuillez me pardonner pour toutes les erreurs de prononciation dans ma deuxième langue! Bonne écoute! »
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Dans l'exposition, par exemple, la plus longue période sans entendre le motif est de cinq mesures. Et ces cinq mesures, dans un tempo très rapide, soit environ trois ou quatre secondes.
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Introduction à la cinquième symphonie
0:00Bonjour et bienvenue dans cette édition spéciale du podcast Sticky Notes en français. Aujourd'hui, nous parlons de la symphonie la plus célèbre du monde et de la symphonie que nous allons interpréter à Lille les 21, 22 et 23 mai, la cinquième symphonie de Beethoven. Bonne écoute. Avant je commence, veuillez me pardonner pour toutes les erreurs de prononciation dans ma deuxième langue.
0:56Si vous marchez dans la rue et demandez à quelqu'un de nommer un tableau, il pourrait dire la Joconde. Si vous dites « nommez un film », il pourrait dire peut-être Star Wars. Et si vous demandiez à quelqu'un de chanter un morceau de musique classique, il chanterait sûrement la cinquième de Beethoven. Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui rendent ces quatre notes si puissantes ? Cette semaine, nous allons examiner en profondeur cette pièce omniprésente en évoquant plusieurs questions.
1:30Qu'est-ce qui a inspiré Beethoven ? En quoi était-elle différente de tout ce qui avait été écrit auparavant ? Quelle influence a-t-elle eu sur les compositeurs suivants ? À quoi ressemblent les trois autres mouvements de la symphonie, puisque beaucoup de gens ne connaissent que le premier mouvement ? Cette symphonie est d'une importance monumentale, car elle sert à bien des égards de pivot entre les époques classiques et romantiques. C'est l'œuvre de musique classique la plus citée qui soit, et elle est encore aujourd'hui la symphonie la plus jouée au monde.
2:08Explorons-la ensemble dans cette édition spéciale de Sticky Notes en français. Sous-titrage Société Radio-Canada
La création et les premières critiques
3:13Beethoven, alors il n'avait pas haussé. Beethoven lui-même n'était pas très satisfait du concert. Les musiciens étaient pour la plupart des amateurs, et il n'avait eu qu'une seule répétition menée par le compositeur, connu pour être caractériel. Dans l'ensemble, le concert ne fut pas un succès. On pourrait penser que la pièce la plus célèbre de l'histoire de la musique classique aurait reçu un accueil enthousiaste. Mais ce ne fut pas le cas pendant près d'un an et demi.
3:46Ce n'est qu'au milieu de 1809 qu'une critique non signée parue. Rédigée par le grand écrivain E.T.A. Hoffman, cette critique a permis à la symphonie de s'ancrer dans l'esprit des Européennes. Mais nous n'en parlerons qu'après avoir examiné le premier mouvement de l'œuvre, comprenant les célèbres quatre notes.
Les théories sur l'ouverture
4:08Mettons d'abord les choses au clair. Il y a une théorie selon laquelle les quatre notes représenteraient le destin frappant à la porte. Il pourrait s'agir de cela, mais rien ne le prouve. La vérité, c'est que nous ne savons pas de quoi part le premier mouvement de la symphonie. Pour expliquer l'ouverture propulsive et explosive de l'œuvre,
4:39de nombreuses hypothèses ont été formulées, dont beaucoup sont en lien avec l'idée du destin. Karl Cherney, élève de Beethoven, a développé une théorie plutôt absurde. Il affirme que le compositeur aurait entendu un oiseau, un brouant jaune, alors qu'il se promenait dans Vienne. Le rythme de l'oiseau l'aurait apparemment inspiré à écrire le motif. Cette théorie semble presque trop absurde pour avoir été inventée,
5:33mais il est tout aussi probable que Beethoven ait été inspiré par un simple motif rythmique chanté par un oiseau, que par l'idée du destin, de la mort ou du fantôme de Noël passait frappant à sa porte. Il existe une autre théorie que j'évoquerai plus tard et que je trouve beaucoup plus convaincante. Un petit indice, elle a quelque chose à voir avec la langue que je parle en ce moment. Vous êtes de toute façon libre de vous forger votre propre opinion,
6:03mais une chose est sûre, même quand on connaît par cœur chaque note de cette ouverture, on est toujours scotché par la puissance musicale qui s'en dégage.
L'ambiguïté musicale des premières mesures
6:14Cette ouverture est intéressante en de nombreux points, mais il y a une à un que je veux spécifiquement souligner. Écoutez encore une fois et pensez à quelque chose qui manque. La pièce est en domineur, donc on pourrait penser qu'au tout début d'une pièce en domineur,
6:46on devrait entendre du domineur assez rapidement. Eh bien, dans cette ouverture, il y a une ambiguïté, parce que nous savons ce qui vient ensuite. Nous savons que la musique va finalement se résoudre en domineur, mais si vous ne l'avez jamais entendu auparavant, il est possible que ce point d'or se résolve sur un accord de mi bémol majeur et non de domineur. Cela aurait pu ressembler à ceci.
7:16Le fait est que les premières mesures sont totalement ambiguées. Ce ré tenu peut aller dans deux directions, vers un do ou vers un mi bémol, et il reste suspendu là, faisant monter le suspense. L'ouverture est tellement puissante, grâce au rythme, aux arrêts et aux reprises soudains, au bref silence, mais aussi parce qu'elle pose une question.
7:49Et les trente prochaines minutes de la pièce vont y répondre. Il y a quelques thèmes généraux sur lesquels je veux attirer votre attention dans ce mouvement. Le premier est, bien sûr, le motif. Dire que ce motif est obsessionnel serait un euphémisme. Dans l'exposition, par exemple, la plus longue période sans entendre le motif est de cinq mesures. Et ces cinq mesures, dans un tempo très rapide, soit environ trois ou quatre secondes.
8:22Il existe de nombreux débats pour savoir si le motif imprègne toute la pièce. C'est sur quoi je reviendrai plus tard. Mais il ne fait aucun doute que ce motif est à la fois le rythme omniprésent et le continu mélodique, citant et qu'on puisse l'appeler ainsi du premier mouvement. Continuez à écouter après la célèbre ouverture et voyez comment le motif est renvoyé d'un bout à l'autre de l'orchestre. Sous-titrage Société Radio-Canada
8:54Sous-titrage Société Radio-Canada
L'exposition et le contexte révolutionnaire
9:24Bien que cette symphonie soit assez révolutionnaire à plus d'un titre, Beethoven fait une grande concession à la convention, à savoir que la forme de ce mouvement est absolument parfaite. Deux thèmes dans ce qu'on appelle une exposition, une section de développement où ces thèmes sont tordus et manipulés, une réexposition où le thème revient et une coda où tout est résumé.
9:57Le second thème que nous allons entendre dans un moment est un mi bémol majeur, exactement comme il se doit. Mais avez-vous entendu la fin de cette petite phrase ? Oui, Beethoven prend ce thème diamétralement opposé
10:29et crie pour être joué avec douceur, une indication rare chez Beethoven, et nous rappelle quel est l'enjeu du mouvement en transformant le motif entraînant en un accompagnement élégant et conventionnel. Le motif est omniprésent.
10:48Et il recommence à prendre le dessus, accumulant anxiété et intensité jusqu'à une immense percée en mi bémol majeur. Sous-titrage ST' 501
11:27Et voilà, c'est une exposition d'à peine une minute de musique. Elle est d'une compacité stupéfiante, plus compacte que tout ce que Beethoven avait écrit auparavant pour orchestre. Cette concision dans l'exposition permet à Beethoven d'explorer pleinement ses thèmes dans la section de développement.
11:58Mais avant d'y arriver, je dois ajouter un élément de contexte historique que je considère comme extrêmement important pour comprendre la symphonie. Beethoven a écrit cette symphonie alors que les idéaux de la Révolution française, la liberté, l'égalité, les Lumières, balayer l'Europe. Bien que Beethoven désapprouva, à cette époque, les méthodes de Napoléon, il était totalement emporté, comme tant de jeunes personnes à l'époque, par ces idées énivrantes de liberté et de libéralisme qui étaient encore si nouvelles.
12:34Il existe quelques preuves, bien que nous ne puissions évidemment pas en être certains, que Beethoven a glissé certains de ses idéaux révolutionnaires directement dans cette symphonie. L'un des compositeurs préférés de Beethoven était Luigi Cherubini. Cherubini a écrit de nombreux hymnes révolutionnaires français qui étaient interprétés lors d'immenses concerts en plein air pour des milliers de personnes. Nous y reviendrons plus tard. L'un de ces hymnes s'appelait l'hymne du Panthéon.
13:06Voici à quoi il ressemble. Sous-titrage Société Radio-Canada
13:38Ça semble assez familière, n'est-ce pas? Nous sommes certains que Beethoven connaissait ce style de musique, mais nous ne savons pas s'il connaissait spécifiquement l'hymne du Panthéon. Personnellement, je trouve cette théorie incroyablement intrigante. Entre-temps, nous avons terminé l'exposition en mi-bémol majeur, comme il se doit,
Le développement et la cadence de l'hautbois
14:13mais Beethoven fait à peu près la dernière chose à laquelle on pouvait s'attendre pour commencer le développement. Vous connaissez sans doute si bien la pièce que ce moment ne vous a pas surpris. Mais cela devrait être un choc. Beethoven a terminé l'exposition en mi-bémol majeur et commence le développement en instaurant la tonalité de fa mineur.
14:50En termes théoriques, c'est tout simplement insensé. Cela plonge un mouvement qui était déjà frénétique dans un désordre encore plus grand. Et maintenant, intéressons-nous au motif qui avait eu une pause de cinq mesures dans le premier mouvement lors de la transition vers le second thème, et qui devient désormais incontournable. Juste après le début du développement, le motif ou une version de celui-ci apparaît et sera présent dans 40 mesures consécutives.
15:30Sous-titrage ST' 501
16:00Il est facile et compréhensible de voir pourquoi ce mouvement a été perçu comme parlant du destin. Mais pour moi, les émotions principales qui s'en dégagent sont à la fois un sentiment de défi et une anxiété palpable. Ce mouvement n'est pas le destin lui-même, mais plutôt le combat contre lui. Beethoven s'accorde une seule déviation dans la réexposition par rapport à la pratique habituelle. Une stupéfiant cadence de l'eau-bois.
16:32La seule musique vraiment triste de toute la pièce. C'est la montée de l'eau-bois.
17:06L'intervention est totalement inhabituelle, c'est chez lui. Et même le spectateur le plus cynique, qui se plaint amèrement d'entendre encore une fois la cinquième de Beethoven, est toujours pris au dépourvu par cette intervention du bois. Je veux maintenant passer à la coda massive du mouvement. Rappelez-vous que l'exposition ne durait qu'environ une minute ? Eh bien, la coda dure une minute et demie, ce qui est totalement disproportionné pour un mouvement en forme sonate normale.
17:39Mais d'abord, nous semblons arriver à la fin de la réexposition, de façon surprenante, en don majeur. La bataille est-elle déjà gagnée ? Non, cette montée en puissance est encore, ou devrait être,
18:13l'un des moments les plus saisissants de toute l'œuvre. Toute l'intensité de ce qui précède est maintenant poussée au maximum, tandis que nos motifs continuent sans relâche. Beethoven rend ce moment encore plus intense en combinant les trois motifs centraux de la pièce.
18:46Pendant sept minutes, nous avons été sur ce terrifiant manège, et il n'y a presque aucun répit tandis que le mouvement se termine avec une finalité presque choquante.
19:20Ainsi, la musique instrumentale de Beethoven nous ouvre le royaume du monstre, et de l'incommensurable.
19:52Des rayons ardents percent la nuit profonde de ce royaume, et nous sentons des ombres gigantesques se soulever et s'agiter, se refermer sur nous jusqu'à nous anéantir. C'est seulement avec cette douleur d'amour, d'espoir, de joie, qui consomme sans détruire, qui ferait éclater nos poitrines d'un accord passionnément puissant que nous vivons encore,
20:23voyant enchanté du monde spectral.
20:27Ces phrases sont tirées de la critique de la musique instrumentale de Beethoven par l'écrivain E.T.A. Hoffman, une critique qui a offert à la cinquième symphonie de Beethoven une renommée mondiale. Cette œuvre marque aussi pour beaucoup le début de l'ère romantique en musique. Passons maintenant au deuxième mouvement.
Le deuxième mouvement et ses variations
21:09Ce mouvement est un thème et variation, ou plus précisément, un double thème et variation, puisque Beethoven écrit des variations sur deux thèmes différents. Il emploie un thème élégant et galant et crée une forme de libération émotionnelle par rapport à l'intensité du premier mouvement. Mais il y a aussi un aspect de l'ère romantique.
22:02Écoutez ce moment de percée.
22:25C'est do majeur, nous avons gagné. Tout ce combat mené dans le premier mouvement valait donc le coup. Et il y a plus dans cette connexion que ce qu'on croit à première vue. Beaucoup de gens, moi y compris, entendent le premier mouvement dans cette percée en do majeur. Écoutez les quatre notes du thème. Rhythmiquement, c'est exactement pareil.
22:59Trois notes rapides suivies d'une tenue. C'est l'un des premiers exemples d'une symphonie composée en continu, ce qui signifie qu'une seule idée s'empare de la pièce et ne la quitte plus du début à la fin. Mais il est encore bien trop tôt pour que la bataille soit gagnée et Beethoven retourne à une musique pleine de peur et de mauvais pressages qui nous menait magiquement à la première variation du thème A. Sous-titrage ST' 501
23:32A.
24:02Les variations de ce mouvement semblent nous présenter différentes sortes de rêves et aussi de percées suivies de retraite. Beethoven retente en do majeur, mais cela semble vide. Nous n'avons pas, pour le dire simplement, traversé assez d'épreuves pour que cette percée soit suffisamment significative. Sous-titrage ST' 501
24:53Le mouvement est imprince de cette ambiguïté qui n'est pas habituelle dans la musique symphonique de Beethoven. C'est un compositeur des extrêmes dans ses symphonies et dans sa musique en général, mais ce mouvement est plutôt insacissable sur le plein émotionnel.
25:26La célébration en do majeur semble vide. L'élégance de l'ouverture semble, d'une certaine manière, ne pas nous donner une vision d'ensemble complète. Et la fin du mouvement, bien que noble et majestueuse, ne nous donne pas le sentiment que l'histoire est entièrement achevée.
Le scherzo et les innovations de transition
25:50Le troisième mouvement commence doucement, mystérieusement, avec une forme d'inquiétude. Nous comprenons en quelques secondes que le deuxième mouvement n'était qu'une pause dans l'action.
26:23C'est le thème le plus simple qu'on puisse imaginer, un arpège en do mineur. Je crois que c'est Bernstein qui a dit que si Beethoven n'avait pas été le plus grand compositeur de tous les temps, il aurait été un mauvais compositeur. Et cela n'est nulle part plus vrai que dans cette symphonie. Le thème d'un troisième mouvement est littéralement un arpège en do mineur. Mais ce qui suit est bien sûr le point essentiel. Une réponse hésitante et timide aux violoncelles et aux contrebasses.
26:57Tout l'orchestre semble dans l'attente. Et puis nous obtenons ce que nous attendions. Deux corps, bien que cela sonne toujours comme s'il y en avait bien plus,
27:28marque-t-elle un motif de trois notes courtes et une langue. Ça semble familier. Oui, c'est le motif qui réapparaît. La cohésion que Beethoven parvient à créer sans que cela soit vraiment évident est remarquable. Il a trouvé un moyen de varier suffisamment les thèmes de sorte que si vous n'y prêtez pas attention, vous pourriez ne pas l'entendre. Mais le motif de trois notes courtes et une langue sera une figure centrale dans chaque mouvement de la symphonie.
28:01Pour la section centrale du mouvement, nous avons une percée soudaine en do majeur. C'est de loin la musique la plus exubérante et la plus joyeuse qu'on ait entendue jusqu'à présent,
28:33bien qu'elle conserve le célèbre grain beethovenien.
28:56Mais la célébration est vite terminée, et nous revenons au thème original. Sauf que cette fois, au lieu d'être énoncé avec puissance et force, il est murmuré. Souvenez-vous, chaque fois que le motif est apparu depuis le premier mouvement, il a été éteint. C'est comme si, finalement, le motif était à bout de force.
29:27Nous avons essayé le do majeur deux fois pour atteindre un sentiment de victoire, mais ça n'a pas fonctionné, et le scherzo semble s'éteindre, perdant de sa vitalité à chaque seconde. Sous-titrage ST' 501
30:11À ce moment-là apparaît le moment qui ferait vraiment tenir cette œuvre. Beethoven va intégrer l'un après l'autre cinq points,
30:43et tous, tous, sont des points qui s'inscrivent pour la première fois, ou quasi, dans une œuvre symphonique. 1. Les cordes ont pour indication de jouer P-P-P. C'est la deuxième fois dans l'histoire de la musique classique occidentale que cette indication apparaît, et la première fois, c'était dans la quatrième symphonie de Beethoven. 2. Nous sommes sur le point de relier les troisièmes et quatrièmes mouvements sans pause,
31:15ce qui était, à l'époque, absolument sans précédent. 3. La tonalité est sur le point de passer en Do majeur. La symphonie qui a commencé en Do mineur aura un dernier mouvement en Do majeur, également sans précédent. 4. Beethoven est sur le point d'introduire des trombones et un piccolo et un contrabassonne. C'est la première fois que ces instruments sont utilisés dans une symphonie. 5. L'accord que Beethoven utilise pour effectuer cette transition est un accord de la bémol majeur,
31:52appelé cadence rompue. Vous n'avez pas besoin de connaître la terminologie, mais vous devez savoir que c'est un accord destiné à créer de l'instabilité. Et cette instabilité dure pendant 43 mesures, encore un sans précédent, jusqu'à ce que, finalement, la percée se produise.
32:33Sous-titrage Société Radio-Canada
Le final triomphant et l'héritage de l'œuvre
33:03J'ai répété à quel point cette symphonie était révolutionnaire. Je ne parle pas seulement ici de révolution musicale. Je voudrais revenir à la théorie selon laquelle une grande partie de cette symphonie
33:35est fondée sur des idées de la Révolution française. John Elliot Gardner, grand chef d'orchestre anglais révolutionnaire, a découvert dans le dernier mouvement des références à des chansons et hymnes révolutionnaires français, aujourd'hui totalement tombés dans l'oubli. Gardner affirme qu'il n'est pas sûr que Beethoven ait entendu ces hymnes, mais certains de ses exemples sont frappants. Prenez celui-ci, de Rouget de Lille,
34:05dans un hymne révolutionnaire bien connu en France. Maintenant, écoutez Beethoven. La théorie de Gardner est que les trois premières notes de l'hymne se retrouvent dans le dernier mouvement de la symphonie. De plus, rappelez-vous ces nouveaux instruments, le piccolo.
35:04Les trombones, le contrebassant. Ce sont aussi justement des instruments qui étaient utilisés dans ces immenses concerts en plein air que j'ai mentionnés plus tôt. Et si l'on considère simplement la musique elle-même, en faisant abstraction de ses idéaux politiques potentiels, elle exprime les sentiments de victoire et de triomphe avec une profondeur qu'aucune autre oeuvre écrite avant ou depuis n'a égalée. C'est une explosion. Et une partie de sa puissance tient au fait que Beethoven, pour la première fois dans sa musique symphonique,
35:40a balayé l'idéal symphonique de l'ère classique. Les classiques comme Mozart et Haydn plaçaient les idées principales de la pièce dans les deux premiers mouvements, l'entrée, si l'on veut, suivie du désert pour les troisième et quatrième mouvements. Dans ces quatre premières symphonies, Beethoven fait à peu près la même chose. Mais ici, tout l'enjeu de l'oeuvre était d'arriver au dernier mouvement. Après la cinquième, la symphonie n'est plus jamais la même.
36:12Presque toutes les symphonies après la cinquième de Beethoven menaient inexorablement à la fin de l'oeuvre, à l'apothéose. Sous-titrage ST' 501 On devrait s'attendre à entendre la réexposition à un moment donné.
36:55Mais Beethoven arrête brusquement le mouvement et nous laisse avec les premiers violons jouant doucement une seule note. Et nous prenons soudainement conscience du thème du troisième mouvement. C'est un remarquable rappel du scherzo. Et c'était là encore son précédent. Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501
37:48Certaines personnes trouvent que ce dernier mouvement fait presque trop bien les choses. Il est en dos majeur pendant si longtemps qu'on a l'impression que Beethoven nous martèle la victoire sur la tête. Et si vous pensez avoir entendu beaucoup de dos majeurs, dirigeons-nous vers la coda du dernier mouvement. Beethoven nous y entraîne brillamment avec un accelerando, c'est-à-dire que la musique devient de plus en plus rapide.
38:24Pour autant que je sache, ce procède n'avait jamais été utilisé dans une symphonie avant ce moment. Nous sommes en dos majeur pendant plus de cinq ans.
39:01Il est sans mesure et près d'une minute et demie de musique. Beethoven insiste sur le dos majeur et il ajoute encore une chose. Écoutez l'accompagnement.
39:16Je pense que vous savez exactement maintenant à quoi je fais référence. Oui, c'est le motif. Et alors que nous nous précipitons vers la fin, Beethoven semble incapable ou peu désireux de lâcher le dos majeur. Rivalisons avec le seigneur des anneaux et ses fausses fins répétées. Sous-titrage Société Radio-Canada
39:48Sous-titrage Société Radio-Canada
40:18Tous les compositeurs symphoniques après Beethoven ont vénéré les symphonies beethoveniennes. Et cette symphonie en particulier a créé un paradigme si puissant qu'elle a influencé à elle seule toutes les symphonies écrites après elle. En termes simples, le monde symphonique ne fut plus jamais le même une fois que la cinquième de Beethoven devint populaire.
40:51Cette symphonie est aujourd'hui l'une des œuvres de musique classique les plus connues au monde. Et puis, il y a l'influence politique de la pièce. Quel effet ou non référence à la Révolution française, la symphonie et son modèle de triomphe sur l'épreuve ont été repris de très nombreuses fois. Elle a même été rebaptisée la symphonie de la victoire pendant la Seconde Guerre mondiale, pour laquelle le V de la victoire, utilisé par les alliés pendant la guerre, reprenait les quatre premières notes de la symphonie.
41:24Imaginez, ces quatre premières notes étaient si puissantes et si culturellement pertinentes que personne n'a sourcié à l'idée d'en faire de la propagande de guerre, bien qu'elle ait été écrite par un compositeur originaire du sol de leurs ennemis. Mais si nous nous concentrons uniquement sur les quatre premières notes, nous ne pouvons pas réaliser quel était vraiment l'enjeu de la symphonie. Beethoven, à la fin, conquiert le motif de quatre notes.
41:59Dans ses accords obsessionnels de dos majeurs qui concluent la pièce, c'est comme si Beethoven exorcisait le motif de son corps. Ceci étant dit, le combat, la lutte et la guerre se terminent certes par la victoire. Mais en reliant toute l'œuvre grâce à ce motif de quatre notes, en nous rappelant à chaque instant son pouvoir, à la fois de nous propulser vers le succès ou de nous terrasser, Beethoven nous rappelle que la lutte et la victoire sont les deux faces d'une même pièce.
42:33Sans la lutte, il n'y aurait pas de victoire. Et sans la victoire, ce soulagement et cette joie extatique que nous savons possible, il n'y aurait aucune raison de lutter.